Emission 2 sur Eugénie



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Emission 2 sur Eugénie

Danielle et Virginia : Canal académie vous invite à l’écoute de cette 2ème émission consacrée à l’Impératrice Eugénie

Pour ce parcours final, nous convoquerons à nouveau les 5 académiciens entendus dans la première émission : Ernest Lavisse, Maurice Paléologue, Prosper Mérimée, Octave Aubry, et Georges Lacour-Gayet.

L’Impératrice Eugénie avait le goût des voyages voici ce que nous en rapporte L’Académicien Georges Lacour-Gayet

« Les voyages ont occupé une place importante dans la vie de l'Impératrice. Convenances politiques, besoin de se recueillir à la suite de deuils domestiques, désir de s'isoler après des découvertes dans son intérieur qui lui avaient fait de la peine, raisons de santé, curiosité naturelle, quelle qu'en ait été la cause, elle se déplaça à maintes reprises, et les déplacements d'une impératrice entraînent toujours à sa suite une partie plus ou moins grande de sa maison personnelle.

Pendant la guerre de Crimée, c'est-à-dire à l'époque de l'alliance franco-anglaise, Napoléon III avait décidé de faire à Londres un voyage officiel pour inviter la Reine Victoria à venir visiter l'Exposition universelle. Pour l'Impératrice, ce voyage, du mois d'avril 1855, était comme son entrée dans les familles souveraines; elle avait fait préparer des toilettes, qui obtinrent à la cour d'Angleterre presque autant de succès que sa beauté. Reçus à Douvres par le prince Albert, l'Empereur et l’Impératrice furent conduits à Windsor. Ce fut le programme des voyages de ce genre : dîner à Windsor, revue militaire, soirée de gala à Covent-Garden, banquet à Guild-Hall. La Reine eut des attentions particulières pour l'Impératrice; ainsi naquit la sympathie sincère qu'elle lui garda jusqu'à ses derniers jours.

Au mois d'août 1860, après l'annexion de la Savoie et du comté de Nice, les souverains allèrent visiter ces provinces, dont les habitants avaient exprimé le désir de devenir français. Aix-les-Bains, Annecy, Chambéry, Nice furent les principales étapes de ce voyage qui garda presque tout le temps, au milieu de l'enthousiasme des populations, le caractère d'une pompe triomphale. Pour la promenade sur le lac d'Annecy, une estrade avait été élevée à l'arrière de l'embarcation de l'Impératrice. Montée sur cette estrade, la tête et le cou nus, un diadème sur les cheveux, sur les épaules un manteau rouge aux franges d'or, elle faisait penser, dit l'un de ses compagnons, à Cléopâtre ou à la Dogaresse.

De Toulon, le yacht l'Aigle transporta l'Empereur et l'Impératrice à Ajaccio et à Alger. Dans cette dernière ville, un ensemble de fêtes magnifiques avait été préparé; il fallut écourter ce programme et renoncer à un voyage dans l'intérieur de l'Algérie. Des nouvelles très alarmantes étaient arrivées sur la santé de la duchesse d'Albe, cette sœur aînée à laquelle l'Impératrice était tendrement attachée. Elle hâta son retour en France; il était trop tard, sa sœur était morte. Elle en eut un chagrin profond; pour chercher quelque diversion à sa douleur, elle alla faire en Écosse un séjour de quelques semaines.

A la fin d'une saison à Biarritz, en 1863, il prit fantaisie à l'Impératrice de faire en bateau le tour du Portugal et de l'Espagne par Lisbonne, Cadix, Gibraltar, pour rentrer en France par Marseille. La Reine Isabelle, qui le sut, l'invita à profiter de ce voyage pour venir à Madrid. L'Impératrice se rendit à son désir; ce lui fut une douce satisfaction de revoir, souveraine des Français, la patrie qu'elle avait quittée, sujette de Sa Majesté catholique.

En 1864, l’Impératrice fit une saison aux eaux de Schwalbach, dans le Nassau; c'était une station qu'elle avait déjà fréquentée avant son mariage. Elle y vint à présent sous le nom de comtesse de Pierrefonds; malgré l'incognito qu'elle désirait garder, elle y reçut la visite de la Reine Sophie, des Pays- Bas, du Roi de Prusse Guillaume 1er, du Tsar Alexandre II.

Le voyage des deux souverains à Salzbourg, en 1867, fut un voyage de politesse dans des circonstances douloureuses; ils allaient faire une visite de condoléances à, la famille impériale d'Autriche pour la tragédie qui avait coûté la vie à l’Archiduc Maximilien au Mexique, et dans laquelle ils avaient, l'un et l’autre, !eur part de responsabilité.

Pour le voyage de l'année 1869 dans la Méditerranée orientale, le dernier que l'Impératrice ait accompli comme souveraine, il eut d'un bout à l'autre, tous les caractères d'une partie de plaisir et d'un triomphe. Après quelques jours à Ajaccio, où elle s'était arrêtée à l’occasion du centenaire de la naissance de Napoléon 1er, l'Impératrice était partie pour l'Égypte; elle allait inaugurer le canal de Suez, œuvre de son cousin Ferdinand de Lesseps. Elle fit la traversée de la Méditerranée à bord du yacht impérial l'Aigle; elle était accompagnée des deux filles de la feue duchesse d'Albe et de cinq dames de sa maison. Du Caire, le 23 octobre, elle écrivait à l'Empereur:

« Mon très cher Ami, Merci de ta bonne lettre; je suis heureuse, tu le sais, quand tu approuves ce que je fais, et tu peux être sûr que mes efforts seront toujours portés à te faire le plus grand nombre d'amis possible.

« L'idée du Roi [le vice-roi Ismaïl] m'a bien amusée, car il a été d’un galant à le faire dresser les cheveux. Je ne sais si la présence d'un tiers le gêne pour me faire des confidences politiques! mais, dans tous les cas, pas les autres... Enfin, j’ai fait de mon mieux pour lui plaire, et je te ferai bien rire en rentrant et en te racontant mon entrevue ...

« Je ne puis te donner mes impressions de voyage. J'ai trouvé chez tous et partout le désir bien vif de nous être agréable et de tout faire pour cela. Le Caire a conservé son ancien cachet, pour moi moins nouveau que pour ces dames; car cela me rappelle l'Espagne. Les danses, la musique et la cuisine sont identiques. Nous allons ce soir à un mariage qui doit avoir lieu chez la mère du Khédive. Hier au soir, nous avons assisté aux prières des derviches tourneurs et hurleurs; c'est inconcevable qu'on puisse se mettre dans un pareil état; cela m'a causé une grande impression.

« Les danses dans le harem sont celles des bohémiennes d'Espagne, plus indécentes peut-être! Aujourd'hui, je suis restée tranquille pour me reposer, car je suis très fatiguée, mais très intéressée par tout ce que je vois. On ne dirait jamais que nous avons en si peu de temps fait tant de chemin et visité tant de pays divers. Je fais collection de souvenirs et je te raconterai cela au coin du feu ... »

Des passages d'une autre lettre, du 27 octobre, écrite « sur le Nil, à bord de l' Impératrice, » renferment des détails intéressants:

« Mon bien cher Louis, Je t'écris en route sur Assouan, sur le Nil. Te dire que nous avons frais ne serait pas absolument la vérité, mais la chaleur est fort supportable, car il y a de l'air, mais au soleil, c'est autre chose! D'ailleurs, par télégraphe, je te dis l'état de l'atmosphère. J'ai de tes nouvelles et de celles de Louis tous les jours par télégraphe; c’est merveilleux et bien doux pour moi, puisque je suis toujours tenue à la rive amie par ce fil qui me rattache à toutes mes affections.

« Je suis dans le ravissement de notre charmant voyage et Je voudrais t'en faire la description; mais tant d'autres, plus savants et plus charmants conteurs que moi, ont entrepris cette œuvre qu'il me semble que dans l'admiration muette je dois m'enfermer... Je jouis de mon voyage, des couchers de soleil, de cette nature sauvage cultivée sur les rives dans une largeur de cinquante mètres, et, derrière, le désert avec ses dunes et le tout éclairé par un soleil ardent.

L'inauguration du canal eut lieu le 17 novembre. Soixante-huit navires firent la traversée; en tête s'avançait l'Aigle, qui portait l'Impératrice, l'Empereur d'Autriche-Hongrie, le Khédive, Ferdinand de Lesseps. Le 20 novembre, toute la flottille jetait l'ancre dans la rade de Suez. Le commandant de l'Aigle notait sur son journal de bord: « Mouillé sur la rade de Suez (Mer Rouge), le 20 novembre 1869, à 11 heures et demie du matin. Signé: EUGÉNIE, " Parmi les trente-trois signatures qui se joignirent à celle de l'Impératrice, on relève les noms de F. de Lesseps. Aug. Mariette. Dix mois plus tard, l'Empire s'écroulait, et la souveraine dont la beauté et le charme venaient de contribuer à l'éclat d'un événement exceptionnel, abandonnait les Tuileries à la révolution; F. de Lesseps faisait partie à ce moment des amis qui assuraient sa fuite : il essaya pendant quelque temps d’empêcher l’envahissement du palais.

En quittant l'Egypte, l'Impératrice fit un voyage à Constantinople; ce fut encore une succession de fêtes. Elle rentra à Paris, au moment où l'Empire traversait une crise politique, qui devait être la dernière…./ »



Danielle et Virginia : Dans sa longue vieillesse, l’Impératrice fut une grande voyageuse ; son yacht le Thistle la conduisit un peu partout, sur les côtes d’Ecosse, de Norvège, en Egypte, à Ceylan, dans les eaux de la Grèce et de la Sicile…

Mais Ils sont venus les temps difficiles… Après avoir évoqué la vie brillante et les succès de l’impératrice Eugénie, brossé un tableau de la cour impériale, des fêtes, nous évoquerons maintenant son rôle en politique et la dernière partie, plus sombre, de son existence.. Dans une lettre adressée en 1880 à son fidèle secrétaire Franceschini Pietri Eugénie se décrit comme: « Celle à qui Dieu donna tant de choses, et à qui il enleva, un par un, tout ce qu’il avait donné, en lui laissant l’amertume des regrets, comme seul compagnon de route » (Lettre de l’impératrice à Franceschini PIETRI (5 Mai 1880))  

L’impératrice se serait écriée : « Je déteste la politique.. » mais elle avait le goût du pouvoir. » Voici le point de vue d’Ernest Lavisse (Ernest Lavisse préface au livre d’Augustin Filon intitulé « Souvenirs sur l’impératrice Eugénie » publié chez Calmann–Lévy en 1889-1891. Préface p XIX à XXII)

« Reste à parler de la politique.

« Je déteste la politique, a dit et répété l’Impératrice ». Mais pourquoi donc lisait-elle quotidiennement cinq ou six journaux de France ou d’Angleterre? Ce n’était point pour s’amuser aux faits divers assurément. Ce qu’elle détestait dans la politique, c’est le travail régulier, suivi, méthodique, la besogne de bureau d’où sortent tant de papiers à lire. Mais s’élever au dessus de ce terre à terre, planer, gouverner, régner… ? Cela est autre chose. N’oublions pas que, bien qu’elle ne fût pas le moins du monde hautaine, l’impératrice portait en elle la fierté d’être l’Impératrice des Français et aussi la fierté, au moins égale, d’être « grande d’Espagne ». Il n’est pas possible que ce double sentiment n’ait pas produit en elle, sans qu’elle se l’avouât à elle-même, de l’orgueil. Ne pas oublier non plus cette imagination qui se plaisait aux grands rêves.

Quelles étaient ses idées sur le gouvernement de la France?

Filon déclare qu’elle n’était pas une cléricale, pas même une dévote. Rien de plus juste, à mon avis. Elle était très religieuse; des gestes de la piété espagnole accompagnaient sa prière fervente. Elle n’a jamais permis au doute de troubler sa conscience; sa foi était une ferme forteresse défendue par sa volonté; mais elle respectait toutes les croyances; elle s’intéressait aux diversités du sentiment religieux, et l’esprit d’intolérance lui était inconnu. Dans son entourage familier, on ne voit aucune soutane noire ou violette, point de calotte rouge, point de froc monacal. Souveraine, son gouvernement n’aurait pas été un régime de prêtres. Il faut cependant noter en cet endroit que la chute du pouvoir temporel des papes lui fut très pénible et même l’offensa grièvement; elle exigeait qu’au moins l’indépendance du souverain pontife fût assurée par la possession de Rome. Elle dut avoir à ce propos de vives discussions avec l’Empereur. Certainement elle félicita M. Rouher d’avoir répondu à la gauche de la Chambre qui réclamait l’évacuation de Rome, par le fameux « Jamais! » Jamais, un mot qu’il ne faut jamais dire.

Un jour à Farnborough, elle avouait à Filon qu’elle n’aimait guère les réformes libérales de la fin de l’Empire; elle pensait que l’Empereur était allé trop loin, qu’il aurait dû réserver à son fils l’honneur de rétablir la liberté politique en France. Au fond, elle n’avait point de goût pour le régime parlementaire, où le souverain règne sans gouverner. Et puis un des premiers actes de M. Emile Ollivier avait été de l’exclure du Conseil des ministres où elle siégeait depuis quelques années par la volonté de l’Empereur. Et puis M. le président du Conseil prenait une grande importance, qu’il ne dissimulait pas. Une foule se pressait aux réceptions de l’hôtel présidentiel de la place Vendôme. Il venait moins de monde aux lundis de l’Impératrice.

Elle était donc une autoritaire. Mais en -même temps, une démocrate, et très sincèrement. Des actes d’elle, nombreux et touchants, prouvent qu’elle s’intéressait aux pauvres gens. Elle allait, déguisée en vieille dame à lunettes, voir les familles miséreuses. Au retour d’une de ces visites, elle disait à Filon qu’il fallait qu’on menât le Prince dans les logis des quartiers excentrés : « Il ne sait pas ce que c’est que la misère. Il croit probablement que les pauvres sont ceux qui n’ont pas de voiture. II faut qu’il comprenne, qu’il se rende compte, qu’il écoute Ies récits de ces malheureux, dans lesquels il y a beaucoup de mensonges, mais encore plus de vérités. Il faut qu’il connaisse les affreux logis sans air et sans pain où le bonheur est impossible. Il ne peut pas régner sans avoir vu cela. »

Un jour, dans une longue promenade, elle me parla des réforme sociales de Napoléon lII, surtout de la loi fameuse qui autorisait les coalitions ouvrières Elle me dit: « C’est là qu’est l’honneur du règne. »



Danielle et Virginia : « La guerre du Mexique (1855- 1867) : L’expédition du Mexique a pesé lourdement sur la destinée du Second Empire ; on accusa l’impératrice d’avoir poussé Napoléon III à cette guerre qui serait « sortie, pour ainsi dire, toute faite du petit salon privé de l’Impératrice » (Lacour-Gayet p63). Après le drame de Querétaro et l’exécution de l’empereur du Mexique Maximilien, un mot courut alors à Paris : « C’est la faute de l’Espagnole. » Plus tard en 1904, Maurice Paléologue s’entretient avec l’Impératrice Eugénie à ce sujet (« Les entretiens de l’impératrice Eugénie » par M. Paléologue 1928 Librairie Plon Chap. V P 95 à 108)

/…/dimanche 10 janvier 1904

« A cette évocation du Mexique, l'impératrice rejette le buste en arrière, comme si une décharge électrique lui sillonnait l'épine dorsale. Et, d'une voix forte, les prunelles étincelantes :

— Vous excuser... Pourquoi? Je n'ai pas honte du Mexique; je le déplore: je n'en rougis pas... Je suis même toujours prête à en parler, car c'est un des thèmes que l'injustice et la calomnie ont le plus exploités contre nous.

Elle s’applique alors à me démontrer que l’aventure mexicaine, dont les origines ont un si mauvais renom, fut au contraire la résultante d’une méditation très relevée, l’accomplissement d'une très haute pensée politique et civilisatrice :

— Je vous affirme que, dans la genèse de l’entreprise, les spéculations financières, les recouvrements de créances, les bons Jecker, les mines de Sonora et du Sinaloa ne tinrent aucune place ; nous n’y songions même pas. C’est beaucoup plus tard que les agioteurs et les fripons cherchèrent à profiter des circonstances. Mais on a vu cela dans toutes les grandes affaires humaines, sous tous les régimes, à toutes les époques. Tenez : je lisais récemment l’Histoire de la Réforme en Allemagne, de Jannsen. Eh bien ! J’y voyais le rôle énorme que les argentiers de Francfort, d'Augsbourg, de Nuremberg, ont joué dans la rivalité des princes catholique et des princes luthériens. La Réforme n'en est pas moins un des drames les plus émouvants qui aient soulevé la conscience chrétienne …

Puis elle me rappelle que, dès 1846, le captif de Ham rêvait de constituer, dans. l’Amérique centrale, un solide empire latin qui eût barré la route aux ambitions des Etats-Unis. C’est le Nicaragua qu’il visait, de préférence, à cause des facilités qu’on y aurait trouvées pour le creusement d'un canal interocéanique. Aussi, eut-il vite fait d'apercevoir l'opportunité d'une intervention française au Mexique, le jour où la dictature de Juarez y déchaîna de nouveau les passions révolutionnaires, tandis que la guerre de Sécession dressait l'une contre l' autre, et pour longtemps, les deux moitiés de la grande république voisine.

Quand l’Impératrice a terminé son préambule, je lui demande :

— A quelle date l'idée s'est-elle cristallisée dans l'esprit de Napoléon III ? D'où lui est venue l'incitation finale et décisive ?

Brusquement:

— Cela s'est fait en 1861, à Biarritz, par moi.

Dans cette déclaration tranchante, je reconnais ce que j’ai mainte fois observé chez l’Impératrice, le courageux parti pris de revendiquer hautement toutes ses responsabilités propres, si accablantes qu’elles puissent être pour sa mémoire.

Elle me raconte ensuite les entretiens qu’elle eut à Biarritz pendant l’automne de 1861, avec un émigré mexicain, Don José Hidalgo, qu’elle accueillait depuis quelques années dans son cercle intime. Leur conclusion fut que les puissances, dont les nationaux étaient le plus nombreux au Mexique, c'est-à-dire la France, l’Angleterre et l’Espagne, devaient y intervenir sans retard et très énergiquement pour y rétablir l'ordre, avec l'appui du parti conservateur. Napoléon III ayant prêté une oreille complaisante à ce projet, d’autres émigrés entrèrent en scène : Almonte, Gutierrez, Iglesias, Mgr Labastida et le Père Miranda.

C’est ainsi que fut élaborée, dans l’ombre, une vaste combinaison cléricale et monarchique, dont la France devait être l'âme et le seul instrument ; car on pensait bien que le concours de l' Angleterre et de l'Espagne se bornerait à l'occupation temporaire de quelques ports mexicains... On allait donc restaurer, en faveur d’un prince catholique, le vaste empire de Montezuma et de Guatimozin ! Mais à quel prince offrirait-on la couronne ? On hésitait entre le duc de Modène, le duc de Parme, don Juan de Bourbon, le duc de Montpensier, le duc d’Aumale. Après un long mutisme, Napoléon III se prononça pour l'archiduc Maximilien, frère de l’empereur François-Joseph. La désignation de ce Habsbourg semblait justifiée par l'intelligence, la souplesse et les aimables qualités dont il avait fait preuve, quelques années plus tôt, dans le gouvernement difficile du royaume lombard-vénitien. D'autre part, il était marié à la princesse Charlotte de Belgique :l’influence active que son .beau-père, le roi Léopold, exerçait à la cour de Londres, lui serait précieuse. L’Impératrice achève par ces mots :

— Enfin je ne vous cacherai pas que, dans la pensée de mon mari, l’élévation d’un archiduc autrichien sur le trône du Mexique devait, un jour, lui servir d’argument pour obtenir de François-Joseph la cession de Venise à l'Italie. Par ce détour, le programme de 1859 serait pleinement réalisé : l’Italie serait dorénavant libre jusqu’à l’Adriatique

Vous connaissez maintenant toutes les origines de l'entreprise mexicaine. Je défie qu’on y trouve rien qui ne soit parfaitement avouable et digne de la France.

Depuis le début de son apologie, la même question me taquine les lèvres : « En quoi cette conspiration d'émigrés intéressait-elle la France? … » Mais l'impératrice me presse de parler, à mon tour :

— Quelle est votre opinion sur l'affaire du Mexique? ... Ce que je viens de vous dire ne vous impressionne-t-il pas ?

Et son regard tendu se braque sur moi. — J' admets, dis-je, que l'entreprise mexicaine, considérée du point de vue théorique, ait pu séduire l'idéalisme généreux de Napoléon III. Ce que je ne comprends pas, c'est que, du point de vue pratique, l'impossibilité d'un succès ne l'ait pas frappé immédiatement.

— Hélas ! Nous nous sommes trompés sur les résistances et les complications qui nous attendaient. Ou, plutôt, on nous a trompés ... de bonne foi sans doute. Je n'accuse personne, mais vous n'imaginez pas les radieuses perspectives qu'on faisait miroiter devant nous. Ainsi, on nous assurait que le peuple mexicain détestait la république et saluerait avec enthousiasme la proclamation d'une monarchie ; qu'un prince catholique, de grande race et de grande allure comme l'archiduc Maximilien, serait accueilli partout à bras ouverts, sous les arcs de triomphe et les fleurs ; que les Etats-Unis eux-mêmes, déchirés par leur guerre civile, se résigneraient facilement à notre intervention, etc...

Cette fois encore, je me retiens de lui répondre: « Mais, pour estimer à leur juste valeur toutes ces calembredaines, il suffisait de lire les journaux anglais et les journaux américains, — les avertissements identiques et répétés qui nous venaient de Londres et de Washington, de lord Russell et du président Lincoln, — l'affirmation péremptoire que, chez le peuple mexicain, l'idée monarchique se confondait avec l'odieux souvenir de l'absolutisme espagnol et de la tyrannie cléricale ; que ce trône, dont l'élévation coûterait déjà tant de peines, s'effondrerait aussitôt qu'il n’aurait plus l'appui des baïonnettes étrangères ; enfin que les Etats-Unis, quelles que fussent leurs discordes actuelles, ne ratifieraient et ne tolèreraient jamais la souveraineté d'un Habsbourg sur le continent de la libre Amérique …

En abordant ce douloureux sujet, la pauvre impératrice a-t-elle trop présumé de ses forces ? Craint-elle que la franchise impulsive de son premier aveu ne l'entraîne à d’autres aveux plus graves encore ? Devine-t-elle peut-être les objections muettes qui s'accumulent en moi ? … Toujours est-il qu'elle s'interrompt subitement. Puis, très digne, avec une mâle et concise vigueur, elle prononce :

— Dans l'affaire du Mexique, l'empereur et moi nous serons toujours condamnés, puisqu'elle s'est achevée à Querétaro ! Mais, pour être juste à notre égard, il faudra considérer que, plusieurs fois, — par exemple après l'entrée de nos troupes à Mexico, après la campagne victorieuse de Bazaine dans les provinces du Nord, après la chaude réception de Maximilien dans sa capitale, — nous avons pu croire que l'entreprise allait réussir... Au surplus, nous n'avions pas le droit d'agir autrement que nous avons fait. L'honneur du drapeau, la signature de la France étaient engagés : nous devions poursuivre notre effort jusqu'à l'extrême limite du possible. »

Danielle et Virginia : Evoquons maintenant le rôle d’Eugénie pendant ses 3 périodes de régence qu’elle s’était vue confiée en l’absence de l’Empereur.

Mérimée dans sa lettre de juin 1859 évoque la première régence d’Eugénie. (Extrait lettre CCLXXXIX de Mérimée (Paris 10/6/1859) 

« Tous les ministres sont émerveillés de la façon dont l’impératrice préside le Conseil et de sa facilité à comprendre les affaires. Il est impossible de faire son métier de souveraine avec plus de dévouement et d’intelligence. Elle sait la Constitution par cœur et cite les décrets et les sénatus-consultes comme un vieux conseiller d’Etat »



Danielle et Virginia : Le Piémont qui avait pour roi Victor Emmanuel II, était porteur de tous les espoirs des partisans de l’unité italienne. Napoléon III, qui était favorable au principe des nationalités et rêvait d’une fédération italienne présidée par le pape, soutient le Piémont quand il entre en guerre contre l’Autriche en 1859. Les victoires de Magenta et de Solférino donnent la Lombardie au Piémont. Florence, Modène, Parme, Bologne et Ferrare, insurgées, votent leur réunion au Piémont. C’est la première étape de l’unité italienne. L’académicien Octave Aubry évoque à son tour et la régence de 1859 :

« L'armée française partit pour les Alpes. Des régiments défilèrent un matin, musique en tête, devant les Tuileries, acclamant l'Empereur. Grave, il les saluait de la main. Eugénie, tenant dans ses bras le Prince impérial, le montrait à ces jeunes hommes dont beaucoup allaient mourir et qui agitaient gaiement vers lui leurs képis. Elle pleurait. Ses larmes, trop lourdes, tombaient sans qu'elle put les retenir. Encore un peu et l'Empereur la quitterait pour prendre le commandement suprême. Il le voulait absolument. Il y allait, assurait-il, de son prestige. Il se croyait des talents militaires. Lui aussi, comme l'Autre aurait sa campagne d'Italie.

Eugénie accompagna l'Empereur dans son train jusqu'à Montereau. A chaque station une foule les applaudissait. La guerre était populaire, surtout chez les ouvriers. Les vieux rêves de 48 agitaient encore les âmes. On servit le dîner. L'Impératrice distribua des médailles pieuses aux officiers qui partaient avec l'Empereur et leur serra la main à tous. Puis, sans faiblir, quoiqu'elle ne l'eut jamais quitté depuis six ans, elle embrassa Napoléon. Elle rentra à Paris, Régente.

Des lettres patentes communiquées au Sénat lui donnaient pendant l'absence de l'Empereur l'exercice de la souveraineté. Elle ne l'avait point demandé. Mais Napoléon jugeait l'occasion bonne pour qu'Eugénie fit vraiment son apprentissage de souveraine. Le pays s'habituerait à la voir gouverner; elle en recevrait un surcroît d'autorité précieux au cas où, lui défaillant, il faudrait qu'elle prit le pouvoir, durant la minorité de son fils.

Elle fut heureuse d'une marque si haute d'estime. Elle ne songea plus qu'à bien remplir sa tâche, à faire son métier, comme elle disait gravement à Mérimée, qui, venu un matin à Saint-Cloud, la trouva en train d'apprendre par cœur la Constitution. Il revenait de Carabanchel, où Mme. de Montijo avait en son honneur offert des fêtes qui rappelaient celles du bon temps, dona Manuela, incorrigible, complotait encore une fois de le marier. Eugénie rit, puis, en espagnol, lui demanda des nouvelles de sa sœur, de ses parents et amis de Madrid. Presqu'aussitôt, elle regarda sa montre, cachée dans la ceinture de sa robe :

- Vous déjeunerez avec moi, monsieur Mérimée. Nous pourrons mieux causer. Maintenant je dois aller au Conseil.

Elle présidait tous les deux jours un Conseil des ministres où parfois assistaient le roi Jérôme et certains membres du Conseil privé. Attentive, elle écoutait les rapports, prenait part aux discussions. Ses demandes, ses ripostes montraient quel intérêt croissant elle prenait aux affaires. Après la séance, elle se faisait expliquer dans le détail, par l’un ou l’autre des ministres, les questions qu'elle ne connaissait pas. L'adroit Rouher la consultait en dehors de ses collègues. Aussi l’avait-elle pris fort en gré.

- Après la paix, disait-elle, cela va me manquer!

A l'intérieur tout restait calme. Les rouages administratifs allaient leur train. Le public avait accepté la Régence avec bonne grâce. Les journaux officieux abondaient en louanges sur la sagesse précoce de l'Impératrice, sa maturité d'esprit. Eugénie s'en rengorgeait. Elle fit preuve de décision à propos d'une grève de cochers de fiacre qu'elle réduisit en donnant l'ordre de les remplacer par des soldats du train d'équipages. On encensa son énergie.

Les nouvelles de la guerre étaient bonnes. Quoique l'armée manquât de vivres et de munitions, que le commandement se montrât divisé sous la direction ignorante de l'Empereur, la vigueur des troupes emporta le succès. Le 4 juin, le canon des Invalides avait salué Magenta. Le jour se levait à Saint-Cloud quand arriva le télégramme de Solferino :

« Grande bataille. Grande victoire. » Napoléon.

Ainsi réveillée, Eugénie ne put demeurer dans son lit. Il lui semblait qu'elle étouffait, elle avait besoin de remuer, de parler, d'agiter sa joie. Elle se leva, s'habilla seule en un tournemain et descendit au parc où elle alla annoncer la nouvelle aux sentinelles et au corps de garde.

La Garde nationale lui offrit une couronne de lauriers d'or. Quand, avec le Prince impérial, elle vint à Notre-Dame pour assister au Te Deum, sa voiture, emplie déjà de bouquets par les troupes, fut criblée de fleurs. Le petit prince riait, rouge, excité. Il renvoyait les fleurs à la foule et des baisers. Sa mère ne pouvait le faire asseoir. Elle lui répétait :

- Tu te tiendras bien à l'église, Loulou; n'est-ce pas?

Le petit répondait crânement:

- Je ferai comme les hommes.

Il avait trois ans. Il remplit sa promesse et ne bougea durant l'office. »



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