Rédacteur en Chef : J. C. Pouliquen (Paris)



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Rédacteur en Chef : 

J.C. POULIQUEN (Paris)

Rédacteur en chef-adjoints : 

J. CATON (Lyon), G.F. PENNECOT (Paris)

Membres : 

C. BRONFEN (Caen),

J.L. CEOLIN (Pointe à Pitre), 

B. de COURTIVRON (Tours), 

B. de BILLY (Besancon), 

M. CHAPUIS ( Rennes),

S. GUILLARD-CHARLES ( Nantes)

J. LANGLAIS (Paris)

Correspondants :

G FINIDORI (Paris, R. JAWISH (Beyrouth),

JL. JOUVE (Marseille), C. MORIN (Berck),

P. LASCOMBES (Nancy)

J. SALES DE GAUZY (Toulouse)

Editeur


Mars et Avril  2002 - Commission paritaire en cours - N° ISSN en cours

Editorial

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J  C  Léonard  et  Ch.  Morin  nous  font

revivre  le  temps  de  la  tuberculose.  Ce

fléau  était  tel  que,  dans  la  deuxième

moitié  du  XIXe  siècle,  des  milliers  de

lits  avaient  dû  être  créés  pour  soigner

ceux qui avaient, dans leur malheur, eu

la  chance  d’être  dépistés.  On  apprend

que des convois entiers partaient de la

capitale  pour  un  immense  hôpital  de

Berck  où  ne  pratiquait  qu’un  seul  chi-

rurgien pour 700 patients ! ! Très certai-

nement, on ne parlait pas de la RTT en

ce temps-là….

Victor  Ménard  force  l’admiration  à

maints  égards.  Comme  les  auteurs  le

soulignent,  il  tenait  probablement  de

ses  origines  modestes  et  paysannes

tout  son  bon  sens  et  sa  modestie.  Le

temps  l’a  injustement  privé  d’une  plus

grande reconnaissance. Son cintre cer-

vico-obturateur  lui  a  été  subtilisé  par

l’anglais  Shenton  comme  nous  le

racontent  nos  amis  radiologues  de

Berck.  La  costo-transversectomie  a  été

popularisée  sous  ce  nom  et  non  pas

sous celui de " voie de Ménard ". Même

son " liseré de deuil " s’est estompé …

avec l’utilisation des antibiotiques. 

" Fugit irreparabile tempus ". 

Il  était  donc  important  de  rappeler  cet

homme et cette vie pleine de sagesse et

d’honnêteté  avant  que  tous  les  souve-

nirs se soient évanouis.

Un  bond  de  plus  d’un  siècle  nous

emmène depuis les premières radiogra-

phies  effectuées  vers  1901  dans  une

clinique  privée  de  Berck  à  la  chirurgie

mini-invasive  du  rachis  –  un  des

aspects  de  la  chirurgie  "  high  tech  "  -

dont  Keyvan  Mazda  nous  donne  son

expérience déjà importante et acquise à

l’hôpital Robert Debré. Il s’agit là certai-

nement d’un progrès incontestable. Il va

obliger  les  plus  jeunes  qui  voudraient

se consacrer tout ou partie à la chirur-

gie  du  rachis,  à  se  former  auprès  des

plus  aguerris.  Parce  qu’il  faut  bien  en

être sûr, cette nouvelle façon de faire la

chirurgie  du  rachis  ne  peut  bénéficier

au  malade  qu’au  terme  d’un  long

apprentissage et qu’avec un nouvel état

d’esprit qu’il doit être difficile d’acquérir.

Les années 1970 qui avaient fait décou-

vrir  la  chirurgie  antérieure  du  rachis,

avaient,  pour  ces  mêmes  raisons,  été

enthousiasmantes pour toute une géné-

ration. Les plus anciens en gardent tous

encore  le  souvenir,  voire  en  ressentent

une  certaine  nostalgie.  Trente  ans  plus

tard, c’est une autre " voie " qui s’ouvre

et qu’il ne faut pas rater….

Du  "  rififi  chez  les  mandarins  ".  La  tri-

bune de la Gazette s’en réveille. La dis-

cussion  a  été  suscitée  par  l’article

d’Henri Carlioz " Le temps plein hospi-

talier  entre  enthousiasme  et  désarroi  "

paru  dans  le  numéro  2  de  Septembre

2001.  Cet  article  évoquait  l’évolution,

qu’il  jugeait  nécessaire,  du  statut  des

PUPH.  Jean-Philippe  Cahuzac  et

Gérard  Bollini  commentent  ses  propos

et  Henri  Carlioz  leur  répond  dans  ce

numéro. 


Que tous ceux que ce problème ne lais-

se pas indifférents nous fassent part de

leur opinion.

Jean-Claude Pouliquen

A

NCIEN


P

RÉSIDENT DU

GEOP

Bureau du GEOP



Président : 

J.P. M


ÉTAIZEAU

(Metz)


1er Vice-Président : 

J.M. R


OGEZ

(Nantes)


2e Vice Président : 

D. M


OULIES

(Limoges)

Ancien Président : 

J. B


ÉRARD

(Lyon)


Secrétaire Général : 

B. de B


ILLY

(Besançon)

Secrétaire Adjoint : 

S. G


UILLARD

-C

HARLES



(Nantes)

Trésorier : 

D. M

OULIES


(Limoges)

Membres du Bureau

G. B

OLLINI


(EPOS)

C

H



. G

LORION


(CFCOT)

M. R


OBERT

(SFCP)


C. R

OMANA


J. S

ALES DE


G

AUZY


J.F. M

ALLET


P. L

ASCOMBES


Qui était-il ?

Victor Ménard

(1854-1934)

J.C. Léonard, Ch. Morin

(Bercq sur Mer)...............p. 1

Le cintre obturateur 

de Ménard

A. Delvalle, F. Delaunay,

P.M. Delforge, H. Leclet,

C. Morin 

(institut Calot 

Bercq sur Mer) .................p. 4

La chirurgie 

endoscopique

du rachis de l’enfant

et de l’adolescent

K. Mazda...........................p.4

Une curieuse hanche

raide et douloureuse

C. Cadilhac

(Paris)................................p. 6

Carlioz m’a tué !

«Tous PH à Valence»

J. Ph. Cahuzac (Toulouse)

G. Bollini (Marseille)......... p. 7

Réponse à Jean

Philippe Cahuzac et

Gérard Bollini

H. Carlioz......................... p. 8

La Gazette

La Gazette

du

G



G

roupe


d’

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tude

en 


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rthopé die 



P

P

é diatrique 



N°4

SAURAMPS MEDICAL

S.a.r.l. D. TORREILLES

11, boul. Henri IV

34000 Montpellier

Tél. : 04 67 63 68 80

Fax : 04 67 52 59 05

«  La  moins  desdeignable  condition  de

gens me semble estre celle qui par sim-

plesse tient le dernier rang... Les meurs

et les propos des paysans, je les trouve

communéement plus ordonnez selon la

prescription  de  la  vraie  philosophie,

que ne sont ceux de nos philosophes.»

Montaigne. Les Essais II 17.

Comme  le  souligne  un  de  ses  arrière-

petit-fils,  Victor  Ménard  fut  un  tra-

vailleur brillant, cartésien, sans ostenta-

tion,  fuyant  les  mondanités  médicales,

avec  pour  seul  objectif  soigner,

soulager  avec  rigueur,  ingéniosité  et

générosité. Le fléau du moment était la

tuberculose frappant principalement les

populations pauvres des grandes villes,

Paris en particulier. Nous allons montr-

er  le  combat  engagé  pendant  30  ans,

sans  relâche,  par  cet  homme  aux  orig-

ines  terriennes  et  aux  engagements

sans sinuosités.

Le paysan de Paris

Victor Ménard (Fig. 1 et 2) est né le 23

juin 


1854 

à 

Saint-Laurent-de-



Terregatte,  près  d’Avranches  (Manche),

au  lieu  dit  des  Hauts-Vents,  d’un  père

laboureur  et  d’une  mère  «laboratrice»

selon  l’acte  de  naissance.  Voici  donc

des  racines  profondes  qui  vont  influ-

encer  toute  sa  vie  d’homme  et  de

médecin.

De 1866 à 1869, il fréquente le collège

Saint James à Avranches, puis de 1869

à  1873,  il  poursuit  ses  études  au  petit

séminaire  de  l’abbaye  de  Mortain

jusqu’au  baccalauréat.  Sur  les  conseils

de son oncle, médecin généraliste dans

le quartier des Halles à Paris, il s’inscrit

à la faculté de médecine de Paris. Il est

nommé  interne  des  hôpitaux  au  con-

cours de 1878. Docteur en médecine le

19  janvier  1884,  il  épouse  sa  cousine

germaine, Louise-Marie Ménard quatre

jours  plus  tard.  De  cette  union  naîtra

Jean-Louis  en  1893,  futur  médecin

berckois lui aussi.

Le 15 janvier 1885, il reçoit la médaille

de bronze de la faculté de médecine de

Paris  pour  sa  thèse  :  «De  la  contribu-

tion  à  l’étude  des  tumeurs  blanches  et

des  abcès  froids  dans  leurs  rapports

avec  l’infection  tuberculeuse.» Le  21

août 1885, il est nommé pour 2 ans chef

de clinique chirurgicale dans le service

du  professeur  Lannelongue.  Pour

l’anecdote, il devient médecin suppléant

des  postes  et  télégraphes  de  Paris  la

même année.

L’arrivée à Berck via le concours

de chirurgien de 1891.

A la suite du décès du Dr Pierre Cazin,

le  concours  de  chirurgien  de  l’Hôpital

Maritime de Berck sur Mer fut ouvert le

22  octobre  1891  par  l’Assistance

Publique (AP). Victor Ménard s’y inscrit

parmi 6 autres candidats dont un autre

ancien interne des hôpitaux de Paris, le

Docteur  François  Calot.  La  lecture  des

archives  de  l’AP  a  permis  de  retracer

pas  à  pas,  épreuves  après  épreuves,  le

concours  où  très  vite  2  candidats  vont

rester en lice : Ménard et Calot. La joute

fut  incertaine  au  fil  des  épreuves

théoriques,  pratiques,  examens  de

malades.    Le  6  novembre,  le  jury

proclama les résultats : Jacques Calot :

97 points, Victor Ménard : 98 points. Le

10  novembre  1891,  V.  Ménard  est

nommé  officiellement  chirurgien  de

l’Hôpital Maritime de Berck. Le jury était

composé des Dr Kirmisson de l’Hospice

des  Enfants  Assistés,  Lannelongue  de

l’hôpital  Trousseau,  Peyrot  de  l’hôpital

Lariboisière,  Nicaise  de  l’hôpital

Laennec,  Campresson  de  l’hospice

Qui é tait-il ? Victor Mé nard (1854-1934)

J.C. Lé onard, Ch. Morin (Institut Calot, Berck sur Mer)

Fig 1. : Victor Ménard.



Bicêtre, Ollivier de l’Hôpital des Enfants

Malades  et  Desmos  de  l’hôpital  de  la

Charité.

Dans  l’avis  administratif,  il  est  précisé

qu’il recevra 6000 francs annuels, jouira

d’un  logement,  du  chauffage  et  de  l’é-

clairage.

Un peu plus tard, le 18 mai 1894, il est

nommé  chef  du  service  des  Enfants

Assistés de la Seine pour la circonscrip-

tion de Berck.

Petit  rappel  sur  l’historique  de

Berck

Dés 1857 des «enfants assistés» placés



par  l’Administration  dans  l’arrondisse-

ment de Montreuil-sur-Mer séjournaient

dans des familles du canton. Le Dr Paul

Perrochaud, médecin inspecteur de l’ar-

rondissement,  eut  l’idée  de  proposer

une  cure  marine  à  ces  enfants  scro-

fuleux,  couverts  de  plaies  et  souvent

cachectiques.  Deux  femmes  sont  à  l’o-

rigine de cet hébergement et du bienfait

de  l’air  marin  sur  ces  enfants  dénutris

des ghettos parisiens. Le nom de Marie-

Anne-Toute-Seule (car veuve) fait partie

de l’histoire berckoise (Fig ; 3). 

En 1861 le Petit Hôpital (Fig. 4) est créé

par  l’AP  à  l’exemple  de  Margate

(Royaume-Uni)  en  1750  et  de  Viarrego

en Italie en 1856. Il accueille 50 garçons

et  50  filles  aux  bons  soins  du  Dr

Perrochaud et des sœurs franciscaines.

L’impératrice  Eugénie,  épouse  de

Napoléon  III,  craignant  une  coxalgie

pour son fils, vient à Berck en 1864. Une

extension à 700 lits est réalisée en 1869.

Le Grand Hôpital (Fig. 5 et 6) était né et

inauguré  par  l’impératrice  Eugénie,  son

fils,  le  baron  Haussmann  et  le  baron

James de Rothschild dont l’épouse sera

par  la  suite  un  grand  mécène  pour  les

hôpitaux  berckois.  En  1870,  l’hôpital

Napoléon  doit  changer  de  nom  et

devient l’Hôpital Maritime de la ville de

Paris avec des aménagements réguliers

pour aboutir à une capacité de 1400 lits

entre 1919 et 1939.

Victor 

Ménard 


et 

l’Hôpital

Maritime (1891-1919).

Il  arrive  donc  en  1891  et  sera  le

chirurgien  dont  la  carrière  sera  la  plus

longue dans cet hôpital. Avant lui il y eut

le  Dr  Paul  Perrochaud  (1869-1879),

puis  son  gendre  le  Dr  Pierre  Cazin

(1879-1891),  et  après  lui,  les  Drs

Etienne  Sorrel  (1919-1930),  Richard

(1930-1945),  Gérard-Marchand  (1945-

1949),  et  Debeyre  (1959-1980)  avec

pour  adjoints  les  Drs  Meary,  Duparc  et

Ramadier dès 1969. Durant cette longue

carrière, V. Ménard dut, seul, soigner et

administrer pendant une longue période

de travail à Berck.

La  lutte  contre  les  infections

nosocomiales.

Les enfants indigents du département de

la  Seine  sont  admis  à  titre  gracieux,

mais ils doivent se soumettre avant leur

départ à un examen médical aux consul-

tations  externes  de  l’hôpital  Trousseau

(ex-hôpital Sainte Eugénie) et de l’hôpi-

tal  des  Enfants  Malades.  Six  mois  par

an,  une  rotation  d’enfants  a  lieu  le

dernier mardi de chaque mois au départ

de Berck et le samedi suivant au départ

de  Paris  pour  occuper  les  lits

disponibles.  Très  vite,  deux  rotations

mensuelles  eurent  lieu  en  raison  du

nombre élevé de malades. A cette occa-

sion, V. Ménard dut alerter le conseil de

surveillance car des enfants qui présen-

taient  des  pathologies  non  tuber-

culeuses  (encéphalopathies,  épilepsies,

grabataires...) étaient joints au convoi.

Le  convoi  ferroviaire  de  Paris  apportait

selon  un  programme  immuable  des

enfants  en  état  de  santé  extrêmement

précaire,  puisque  certains  mourraient

durant le transport, tuberculeux par déf-

inition,  mais  aussi  porteurs  de  pédicu-

loses,  teignes,  maladies  éruptives  et

contagieuses  (scarlatine,  rougeole,

coqueluche,  diphtérie...)  et  ceci  malgré

les  consignes  strictes  données  par

Ménard aux services parisiens d’origine.

En  1894  devant  l’épidémie  de  teigne

récurrente  et  grandissante,  l’hôpital  est

fermé  et  désinfecté  avec  de  grands

moyens  :  étuves  et  pulvérisateurs  sont

envoyés de Paris avec le personnel infir-

mier  ad  hoc.  Victor  Ménard  demande

alors  la  création  d’un  lazaret  à  distance

des  bâtiments  principaux  avec  boxes

vitrés  sous  précautions  hygiéniques

majeures : une véritable mise en quaran-

taine à la moindre suspicion de maladie

contagieuse.  Il  avait  vent  de  la  rumeur

publique  berckoise  que  l’on  peut

traduire  en  ces  termes  :  «les  Parisiens

nous ramènent toutes leurs maladies...»

Tuberculose et air marin

Conscient de l’absence de traitement éti-

ologique  de  la  tuberculose,  Ménard

développa au mieux le contact entre les

éléments  naturels,  eau  et  air,  pour  que

les  enfants  puissent  combattre  les

carences vitaminiques et nutritionnelles

dont ils souffraient. Il fit remettre en état

la  piscine  intérieure  en  eau  de  mer  et

ceci  malgré  l’ensablement  régulier  des

pompes d’amenée, installer le chauffage

à  proximité  de  la  piscine  (question  de

bon  sens  jusque-là  négligée),  installer

de grandes tentes à la belle saison pour

que tous les enfants, grabataires ou non,

puissent être aérés. Il a été retrouvé ses

prescriptions  diététiques  fixant  une

ration  protéino-calorique  moyenne  et

faites du bon sens qui a toujours carac-

térisé sa vie professionnelle.

Pour  compléter  les  soins  à  ces  enfants

souvent  très  jeunes  et  coupés  de  leurs

familles  pendant  très  longtemps,  Victor

Ménard  a  toujours  demandé  à  son

administration que soient poursuivies la

scolarisation,  les  activités  ludiques  et

éducatives, les animations surtout pen-

dant  la  saison  estivale.  Le  «Bon  Papa

Ménard»  poursuivait  l’œuvre  de  son

prédécesseur, le Dr Perrochaud.

Le service de radiologie

Röentgen découvrit le principe de radio-

graphie  en  1895.  Dés  1900,  V.  Ménard

demande un appareil à rayons X à l’ad-

ministration : celle-ci ne voit que gadget

et  attraction  de  foire.  Son  ami,  le  phar-

macien berckois Touhladjian, décide par

contre  de  se  munir  de  cet  élément  de

diagnostic  moderne  dès  1901.  Ménard

écrira plus tard : « la durée de pose varie

:  une  minute  et  demie  à  trois  minutes

pour les enfants ; cinq, huit jusqu’à dix

ou  douze  chez  les  adultes  pourvus

d’embonpoint.» C’est ainsi que pendant

8 à 9 ans les enfants hospitalisés se fer-

ont radiographier en ville, y compris les

grabataires,  avant  que  l’administration

ne se décide à se doter d’un laboratoire

de  radiographie.  Le  prix  de  revient  de

ces  clichés  n’était  pas  moins  onéreux

que chez le pharmacien ! Le Dr Jacques

Calvé  sera  le  premier  responsable  de

cette unité.

Les collaborateurs

Jusqu’en  1895,  un  concours  spécial

pour  l’internat  de  Berck  était  proposé.

Ménard  fit  supprimer  ce  concours  dis-

criminatoire  et  obtint  des  postes  d’in-

ternes  au  concours  ordinaire  des  hôpi-

taux de Paris. Ménard était alors le seul

chirurgien  pour  700  malades  et  400

enfants  assistés  répartis  dans  d’autres

établissements 

berckois.

L’administration  publie  en  1903  ce

compte rendu laconique : « le conseil de

surveillance  se  soucie  de  la  charge  de

travail  de  l’unique  chirurgien...» en

accordant  en  1907  !!!  Les  premiers

postes  d’assistants.  Jacques  Calvé,

l’homme  de  l’ostéochondrite  de  hanche

et  de  la  vertebra  plana,  et  Jean-Louis

Andrieu furent les premiers.

Victor Ménard : le chirurgien

Relisons  ce  que  disait  de  lui  un  de  ses

élèves  :  «  Les  maîtres,  en  général,

enseignent  ce  qu’il  faut  croire  :  M.

Ménard défend de croire», et ceci : « M.

Ménard  n’aime  pas  beaucoup  les

hypothèses ni les raisonnements médi-

caux...» Il  rappelle  «  Vous  avez  des

yeux, regardez et sachez voir ! «

Contrairement  à  ses  collègues  de

l’époque, il n’écrivit que... deux livres : «

Etude  pratique  sur  le  mal  de  Pott  «  en

1900  et  «  Etude  sur  la  coxalgie»  en

1907 (Fig. 7). Il mit cependant au point

le protocole unanimement reconnu de la

prise  en  charge  du  traitement  de  la

tuberculose 

osseuse, 

selon 


des

principes  suivis  jusqu’à  l’ère  de  l’an-

tibiothérapie  spécifique  en  1944.  Le

cycle évolutif de la tuberculose est bien

compris  par  le  chirurgien  berckois,  il

sera  partout  connu  sous  le  nom  de

« cycle  de  Ménard ».  Citons  Jacques

Calvé dans son ouvrage sur la tubercu-

lose  ostéo-articulaire  paru  en  1935  :

« L’originalité de l’évolution de la tuber-

culose  ostéo-articulaire,  il  faut  arriver

jusqu’à Ménard pour la mettre à jour. »

C’est Ménard, en effet, qui a découvert le

dynamisme  interne  de  la  lésion  articu-

laire,  cette  possibilité  d’évolution

cyclique  si  cette  lésion  est  placée  dans

certaines conditions locales et genres de

traitements. Ménard qui était doué d’un

esprit d’observation aigu, a pu étudier la

tuberculose  ostéo-articulaire  en  savant,

comme  un  chimiste  dans  son  labora-

toire,  un  botaniste  dans  sa  serre ;  c’est

en biologiste qu’il a pu et a su dégager

cette  particularité  si  singulière  de  la

tuberculose 

ostéo-articulaire

».

Contrairement à toutes les autres locali-



sations  où  le  processus  tuberculeux

évolue  de  façon  irrégulière,  atypique  et

le  plus  souvent  imprévisible,  au  niveau

ostéo-articulaire  et  sous  certaines  con-

ditions  de  traitement,  il  va  se  dérouler

suivant un rythme, une cadence ordon-

née, cyclique, à trois phases.

- la phase d’ensemencement,

avec

au  point  de  vue  clinique  des  œdèmes



péri-articulaires, 

une 


limitation

douloureuse  des  mouvements  et  du

point  de  vue  radiologique,  une  image

floue et un pincement articulaire.

2

Fig 2. : Dessin représentant Victor



Ménard

Fig 3 : La maison de Marie-Anne-Toute-Seule, premier lieu d’hébergement des enfants

scrofuleux.

Fig 4 :  Le petit hôpital maritime.

Fig. 5 : Vue du grand hôpital maritime.

Qui é tait-il ? Victor Mé nard (1854-1934)

J.C. Lé onard, Ch. Morin (Institut Calot, Berck sur Mer)


-  la  deuxième  phase  de  focalisa-

tion


est silencieuse cliniquement, car le

repos strict et ininterrompu a fait cesser

les  contractures  et  calmé  les  douleurs.

En  radiographie,  le  flou  commence  à

disparaître  et  les  contours  du  foyer  se

dessinent.  C’est  au  stade  terminal  de

cette deuxième phase que va apparaître

l’abcès froid, annoncé par une recrudes-

cence de la fièvre et par une reprise des

douleurs qui font pousser au malade le

« cri nocturne de Ménard ».

-  la  phase  de  cicatrisation 

boucle

le  cycle.  L’abcès  froid,  soit  après  une



série de ponctions, soit naturellement, a

disparu.  L’articulation  est  froide,  sèche

et indolore. C’est l’ankylose, « solide et

absolue » qui va signer la guérison, du

moins chez l’adulte, car chez l’enfant, la

conservation d’une certaine mobilité est

possible.  Sur  la  radiographie,  le  foyer

apparaît  nettoyé  et  délimité  nettement

par  une  zone  d’ostéite  condensante

l’encerclant de toute part, sorte de liseré

noir comme tracé à la plume : la bordure

de  deuil  de  Ménard.  Cette  guérison

demande  de  la  patience.  Combien  de

temps  ?    «Le  temps  que  vous  voudrez

disait  Ménard  à  ses  élèves,  mais  pas

moins de trois ans ».

Victor  Ménard  consacrera  un  vaste

ouvrage à la coxalgie. Il décrira très pré-

cisément  la  sémiologie  radiologique

alors  balbutiante,  et  en  profitera  pour

laisser  son  nom  au  « cintre  cervico-

obturateur ». Quant à la prise en charge,

elle est définie par l’expérience du clini-

cien  et  la  notion  de  temps,  faute  de

mieux, l’emporte sur l’interventionnisme

:  «  L’expérience  apprend,  au  contraire,

que  la  coxalgie  reste  souvent  bénigne,

indéfiniment,  pourvu  que  le  malade

reste  soumis  aux  deux  conditions

essentielles du traitement : repos absolu

de  la  hanche  et  hygiène  favorable

jusqu’à l’épuisement complet de la cul-

ture  tuberculeuse.  L’interruption  même

tardive du traitement, au bout de 12, 18,

24  mois  et  parfois  davantage,  compro-

met le résultat d’une manière irrémédia-

ble.» 

Dans  le  mal  de  Pott,  il  va  codifier  la



prise  en  charge  par  cette  phrase :  « le

pottique  doit  être  couché,  fixé,  lordosé,

aéré ».  Il  critique  la  technique  de

redressement  brusque  des  cyphoses

pottiques  (technique  qui  venait  de  ren-

dre  célèbre  François  Calot)  et  consacre

vingt  pages  de  son  ouvrage  sur  le  mal

de Pott à démontrer les dangers de cette

méthode. Il est de ceux qui condamnent

l’abord chirurgical des abcès froids pot-

tiques. Faute de mieux, Ménard injectera

du  thymol  camphré  dans  les  abcès

froids, pour les « ramollir » avant de les

évacuer  par  ponction.  C’est  sans  con-

teste dans le domaine du traitement des

paraplégies  pottiques  que  les  positions

de  Ménard  sont  les  plus  en  avance  sur

son  époque.  Les  principes  thérapeu-

tiques qu’il va énoncer face à cette com-

plication  majeure  de  la  tuberculose

vertébrale  sont  d’un  modernisme  éton-

nant.  Tout  d’abord  il  confirme  l’impor-

tance du repos souvent suffisant à faire

régresser  les  déficits  neurologiques.

Très  rapidement  il  se  rend  compte  des

résultats  désastreux  des  « lamnec-

tomies « (sic). Et il écrit : « La laminec-

tomie a pour premier inconvénient d’être

grave par elle-même... créant en arrière

une  perte  de  substance  opératoire  qui

empêchera  de  lutter  contre  les  progrès

de  l’inflexion.  Elle  est  inefficace  car  l’a-

gent essentiel de compression siège en

avant  de  la  moelle  dans  le  foyer  tuber-

culeux  et  que  les  arcs  postérieurs  ne

sont  pas  même  en  contact  avec  la

moelle  comprimée. «      Il  va  alors  pro-

poser  un  traitement  chirurgical  logique

des  paraplégies  par  abcès  froid  à  une

époque  où  les  abords  antérieurs

transthoraciques du rachis étaient irréal-

isables.  C’est en juillet 1893, un peu par

hasard que Victor Ménard a l’idée de la

décompression médullaire par ouverture

latérale du canal rachidien. « Alors que

je  réalise  une  laminectomie  pour  para-

plégie  complète  et  ancienne  chez  une

fillette  de  10  ans  et  demi,  un  incident

opératoire survint. Au moment où, après

avoir  enlevé  la  partie  médiane  d’un  arc

postérieur,  j’attaquais  avec  la  pince

gouge  ses  parties  latérales,  un  flot  liq-

uide  grumeleux  fit  irruption  dans  la

plaie. Je venais d’ouvrir un abcès tuber-

culeux  siégeant  sur  le  côté  gauche  des

corps vertébraux et offrant un prolonge-

ment  postérieur  vers  le  canal  rachidi-

en..... Six semaines plus tard la marche

redevint  possible  sans  appui.  Telle  est

l’origine de notre opération du drainage

latéral  dans  la  paraplégie  pottique «.

Cette  opération  à  laquelle  s’attache  le

nom  de  Ménard,  la  costo-transversec-

tomie  (Fig.  8),  restera  la  technique  de

référence  dans  les  compressions

médullaires 

antérieures 

jusqu’au


développement  à  partir  de  1956  de  la

chirurgie  antérieure  transthoracique

(Hodgson). 

En  matière  d’appareillage  Ménard  va

perfectionner  les  systèmes  d’immobili-

sation  pour  le  rachis  ou  la  hanche  du

tuberculeux de telle façon qu’une immo-

bilisation  rigoureuse  n’empêche  pas

l’enfant  de  bénéficier  des  bienfaits  de

l’air  marin.  La  gouttière  dite  de  Bonnet

sera 

adaptée 


par 

Kirmisson 

et

Lannelongue puis par Ménard : ceinture



pectorale  ou  brassière,  contre-appui

vertébral  si  nécessaire,  immobilisation

des  membres  inférieurs  tout  en  main-

tenant  l’extension  (Fig.  9).  De  cette

manière,  les  malades  peuvent  être

déplacés et aérés.

La  confection  de  corset  plâtré  se

généralise.  Ménard  avait  cet  enseigne-

ment  :  «  Tous  les  chirurgiens  doivent

savoir  gâcher  du  plâtre,  à  mouler  à  la

consistance 

convenable...». 

Il

enseignait que le plâtre devait respecter



les courbures, ne pas être traumatisant,

et être progressif dans la correction des

déviations.  Pour  la  coxalgie,  l’appareil

plâtré inamovible « est le seul traitement

de la douleur». A la phase de stabilisa-

tion, il fait confectionner un appareil de

soutien  en  silicate  de  potasse  le  plus

souvent.


La  guerre  de  1914-1918  avec  un  front

distant  de  100  kilomètres  de  Berck

amena  de  nouvelles  préoccupations  à

Ménard,  puisque  l’Hôpital  Maritime  fut

réquisitionné  et  dut  accueillir  des

adultes en plus des enfants tuberculeux.

Il  cumula  les  fonctions  de  chirurgien

chef et de médecin inspecteur militaire,

charges  dont  il  s’acquitta  avec  compé-

tence et détachement comme l’indiquent

les lettres de remerciement des autorités

militaires  à  l’armistice.  Pour  l’anecdote,

François Calot, le candidat malchanceux

au concours, avait réussi à ne pas faire

inspecter  ses  soldats  malades  par

Ménard.  Peu  belliqueux,  ce  dernier  ne

s’y  opposa  point.  Le  comportement

médical  et  relationnel  différenciait  ces

deux médecins berckois.

Ménard, un humaniste.

Homme  de  bon  sens,  «bourru»,  et  en

même  temps  timide,  Victor  Ménard  a

laissé de profonds souvenirs à ses con-

temporains. Il n’avait pas d’idées reçues,

de prescriptions toutes faites, et il impo-

sait l’observation du malade et l’humilité

dans  le  diagnostic.  Son  enseignement

permanent auprès de ses internes, puis

à  l’occasion  de  ses  Cours  de  Vacances

annuels,  confirme  l’aura  de  cet  homme

modeste,  généreux,  désintéressé.  Il  a

créé  l’Ecole  de  l’Hôpital  Maritime,

fréquentée par des médecins de nation-

alités diverses. Il a constitué une collec-

tion  de  pièces  anatomo-pathologistes

remarquable.

Son  ami,  le  pharmacien  Touhladjean

rappelait au cours de l’éloge funéraire de

Victor Ménard, la phrase de ce dernier :

«  Pour  être  médecin,  il  faut  d’abord

avoir une conscience ! Sans conscience,

on devient vite un forban.».

Atteint  par  la  limite  d’âge  en  1920,  il

quitte l’Hôpital Maritime avec le titre de

chirurgien honoraire. En retraite à Paris,

il  revient  à  Berck  au  décès  de  son

épouse en 1933. Il est accueilli chez son

fils,  Jean-Louis.  Il  décédera  à  Berck  le

19  novembre  1934  et  sera  inhumé  au

cimetière  Montparnasse  de  Paris  aux

côtés de son épouse.

In memoriam

Victor  Ménard  a  reçu  de  son  vivant

plusieurs  distinctions  pour  ses  services.

En 1890 il est nommé chevalier de l’Ordre

de la Couronne d’Italie (Humberto Ier). En

1905,  il  est  nommé  chevalier  de  l’ordre

national  de  la  Légion  d’Honneur,  puis  en

1921 il est promu officier. En 1914, il reçoit

l’Ordre  Royal  de  Saint  Sava  de  3e  classe,

au nom de Pierre Ier de Serbie. La légende

ou la réalité... rapporte un voyage à la cour

de Russie et des soins donnés. Par contre

il  est  sûr  qu’un  certain  nombre  d’enfants

russes ont été soignés à Berck par Ménard.

Remerciements 

à  Michèle  et  Guy

Crépin  et  à  Catherine  Lys-Cousin  pour

nous avoir autorisés à prendre de nom-

breuses 


informations 

dans 


leur

merveilleux  livre  «  Un  hôpital  crée  une

ville «, au docteur Edithe Ménard, petite

fille  du  chirurgien,  qui  nous  a  confié

quelques détails de la vie de son parent

célèbre.


3

Qui é tait-il ? Victor Mé nard (1854-1934)

J.C. Lé onard, Ch. Morin (Institut Calot, Berck sur Mer)

Fig. 6 : Autre vue du grand hôpital maritime.

Fig. 7 : Etude sur la coxalgie.

Fig. 8 : Dessin de la costo-transversectomie, extrait du livre de Ménard « étude pratique

sur le Mal de Pott »

Fig. 9 : Brassière et gouttière de Ménard.

Fig 10 : Le transport des enfants de l’Hôpital Maritime vers la plage dans un chariot sur

rail vers 1912.



Le cintre cervico-obturateur de Mé nard

A. Delvalle, F. Delaunay, P.M. Delforge, H. Leclet, C. Morin 

Institut Calot (Bercq sur Mer)

4

Dès 1907, à une époque ou un cliché



de bassin pouvait nécessiter 10 min-

utes de temps de pose, Victor Ménard,

dans son ouvrage « Etude de la coxal-

gie » consacre un chapitre à la radio-

graphie. Il décrit le cintre cervico-obtu-

rateur auquel il laissera son nom.

Sur  une  incidence  réalisée  strictement

de  face,  le  cintre  est  un  arc  qui  suit  le

bord  supérieur  du  trou  obturateur  et  se

prolonge par le bord inférieur et interne

du col, en conservant le même degré de

courbure.  L’harmonie  de  cette  courbe

n’est  interrompue  que  par  l’ischion.

(fig.1)


En 1911, Shenton reprend cette descrip-

tion  dans  son  livre  « Diseases  in

bone »,  et  précise  que  si  l’ossification

du  bassin  n’est  pas  achevée,  l’observa-

teur tracera la ligne imaginaire horizon-

tale  qui  assurera  la  continuité  har-

monieuse entre le bord interne du col et

le  bord  supérieur  du  trou  obturateur.

(fig.2)

Dès lors, la grande popularité de la ligne



de Shenton dans les pays anglo-saxons

et du cintre de Victor Ménard, en France

va  reposer  sur  leur  rupture.  Celle-ci,

sous  réserve  d’une  réalisation  parfaite

de  l’incidence,  signe  l’ascension  haute

de la tête, donc la subluxation ou la lux-

ation  haute  quelle  que  soit  sa  cause.

Certains  auteurs,  pour  s’affranchir  des

conditions  techniques  (degré  de  rota-

tion,  d’abduction  des  hanches  ou  de

bascule du bassin) ne garderont comme

repères que le bord interne du col et le

bord  supérieur  du  trou  obturateur,  le

premier ne devant jamais se projeter au-

dessus du second.

Plus qu’un simple critère ajouté à l’étude

de la luxation congénitale de hanche, le

cintre de Victor Ménard, né avec la radi-

ologie, est sorti de son cadre originel, a

traversé  les  années  pour  devenir  partie

intégrante du paysage radiologique d’un

bassin,  au  même  titre  que  « le  U  de

Calot » , son contemporain.

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. Etude  sur  la  coxalgie.

Paris Masson édition. 1907.

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Fig 1 : Le cintre du Dr Ménard

Fig 2 : La ligne du Dr. Shenton 

Fig 3. Le cintre est « rompu » du côté de la luxation.

La chirurgie endoscopique du rachis 

de l’ enfant et de l‘ adolescent

Keyvan Mazda (Paris)

Les  débuts  de  la  chirurgie  endo-

scopique  thoracique  remontent  aux

années 30. Après plusieurs tentatives de

par le monde en particulier en Corée et

en  Hongrie,  le  mérite  reviendra  à

l’équipe du Texas Back Institute de pop-

ulariser  ces  techniques  en  chirurgie

d’adultes.  Les  indications  initiales

étaient  bien  sûr  la  libération  antérieure

avant  chirurgie  postérieure  de  la  scol-

iose  mais  également  les  discectomies

thoraciques et les biopsies. Par la suite,

plusieurs  équipes  à  travers  le  monde

appliqueront  cette  technique  à  la

chirurgie du rachis de l’enfant.

Avant  d’aller  plus  loin,  il  faut  être  bien

conscient que cette technique n’est pas

une nouvelle chirurgie, mais plutôt une

nouvelle manière de réaliser la chirurgie

classique.  Il  s’agit  en  effet  de  pratiquer

les  interventions  faites  habituellement

par  un  abord  moins  invasif.  Un  des

avantages principaux de ces techniques

est bien sûr l’esthétique, en remplaçant

les larges incisions cutanées que ce soit

de thoracotomie ou de thoraco-phréno-

lombotomie  par  plusieurs  incisions  de

taille  plus  réduite.  Le  plus  grand  avan-

tage  à  nos  yeux  est  surtout  l’améliora-

tion  des  suites  postopératoires  pour  le

confort  du  patient  en  particulier  sur  le

plan de la douleur. Ceci est d’autant plus

important  que  l’on  s’adresse  à  des

patients  insuffisants  respiratoires.  Ces

techniques permettent en effet de dimin-

uer largement la période critique respi-

ratoire postopératoire.

Il s’agit donc dans notre esprit, simple-

ment  d’un  plus  à  la  fois  esthétique  et

fonctionnel  qui  ne  saurait  remplacer

totalement  les  techniques  à  ciel  ouvert.

Dans cette logique, il nous paraît indis-

pensable  que  tout  chirurgien  voulant

pratiquer  la  chirurgie  endoscopique  du

rachis  soit  parfaitement  aguerri  aux

abords à ciel ouvert. En effet, en cas de

moindre  problème,  il  ne  faudra  pas

hésiter  à  convertir  ces  mini-abords  en

véritables  abords  chirurgicaux,  parfois

dans un contexte d’extrême urgence. Ce

fait  devra  d’ailleurs  être  précisé  avant

l’intervention  tant  aux  patients  qu’aux

parents en faisant bien comprendre que

la chirurgie endoscopique de la scoliose

n’est  finalement  que  «  la  cerise  sur  le

gâteau ». 

L’abord  du  rachis  thoracique  haut,  au-

dessus de T5 est grandement facilité par

endoscopie  et  est  à  notre  avis  un  plus

indéniable  par  rapport  à  la  chirurgie  à

ciel ouvert alors souvent délabrante telle

que  dans  les  abords  type  Cauchoix-

Binet .


Nous  développerons  ici  notre  expéri-

ence à Robert Debré où cette chirurgie a

été débutée en 1995, après plus d’un an

d’entraînement  hebdomadaire  sur  l’ani-

mal. Nous avons étendu cette technique

à  toutes  les  indications  de  la  voie

antérieure  hormis  l’instrumentation

antérieure.  Nous  séparerons  dans  cet

article  la  technique  et  l’indication  en

fonction de l’âge et du poids du patient

car  les  problèmes,  en  particulier

anesthésiques,  seront  alors  différents.

De  même,  nous  n’aborderons  pas  la

chirurgie lombaire par lomboscopie car

notre  expérience  sur  sept  patients  dont

cinq ont nécessité une conversion à ciel

ouvert  nous  a  fait  abandonner  cette

technique  au  profit  des  mini-abords

vidéo assistés. 

La  chirurgie  du  grand  enfant  au-

delà de 35 kg.

Nous  préférons  par  souci  de  confort  et

donc  de  célérité  du  geste  chirurgical,

réaliser  cette  chirurgie  sous  ventilation

mono-pulmonaire. Chez l’enfant de plus

de  35  kilos,  cette  ventilation  uni  pul-

monaire  est  réalisée  de  manière  clas-

sique par sonde de type Carlins. 

L’installation se fait en décubitus latéral

du côté opposé à la convexité comme en

chirurgie  classique,  la  seule  différence

dans  l’installation  est  que  le  bras  du

côté de la voie d’abord ne doit pas être

mis  sur  un  appui  mais  laissé  tombant

comme  en  chirurgie  thoracique  afin  de

ne  pas  gêner  la  course  de  l’optique.

L’opérateur se place en avant du patient,

l’aide  en  arrière.  Deux  moniteurs  sont

utilisés  afin  que  chacun  regarde  droit

devant  lui,  gardant  les  mains  dans  son

champ de vision périphérique (Fig 1).

Nous réalisons toujours 3 abords inter-

costaux sur la ligne axillaire antérieure,

l’abord médian étant situé dans l’espace

qui  se  projette  sur  la  radiographie  de

thorax de face au sommet de la convex-

ité de la courbure thoracique. Les deux

autres  abords  sont  réalisés  de  part  et

d’autre  à  environ  deux  espaces  inter-

costaux. 

Le  premier  abord  est  fait  sous  contrôle

de la vue, en s’aidant de petits écarteurs

de  Farabeuf.  Cette  mini  voie  d’abord

ouverte  comprend  une  incision  d’à  peu

près 10 mm et l’ouverture de la plèvre se

fera sous contrôle de la vue. Dès que la

plèvre  est  ouverte,  il  est  indispensable

que par exploration digitale, on élimine

l’existence  de  toutes  synéchies  pleu-

rales. Un port à usage unique de 10 mm

est  alors  introduit  puis  l’optique  est

introduite. Nous utilisons toujours l’op-

tique de 10 mm à 30° d’obliquité. Après

exploration  de  la  cavité  thoracique,  les

deux  autres  voies  d’abord  seront  faites

sous  contrôle  vidéo  assisté  afin  de  ne

pas  léser  les  organes  viscéraux.  Les

techniques  sont  ensuite  parfaitement

classiques  si  ce  n’est  que  nous  avons

abandonné la ligature ou le clippage des

artères  pariéto-vertébrales  au  profit

d’une  hémostase  soigneuse  au  bistouri

électrique  bipolaire.  Cette  chirurgie

comprend  donc  après  l’hémostase  des

vaisseaux  pariétaux  viscéraux,  une

ouverture de la plèvre puis une discec-

tomie  classique  aux  pinces  à  disques

achevée  par  une  ostéotomie  des  corps

vertébraux déformés dans le cas de sco-

liose  sévère  aux  fraises  motorisées.

Nous  ne  mettons  en  place  qu’un  seul

port dans la voie d’abord qui est choisie

pour mettre en place l’optique. Les deux

autres voies d’abord sont laissées libres

afin  de  pouvoir  introduire  deux  ,  trois

voire  quatre instruments dans la même

voie d’abord permettant ainsi de ne pas

multiplier  les  approches.  L’abord  du

rachis  thoraco-lombaire  est  réalisé  par

phrénotomie  verticale,  permettant  un

abord du disque L1-L2. Le diaphragme

est suturé en fin d’intervention. 

Nous  réalisons  ainsi  des  libérations  de

Fig 1 : Installation du patient, position des opérateurs et des moniteurs.



La chirurgie endoscopique du rachis 

de l’ enfant et de l‘ adolescent

Keyvan Mazda (Paris)

5

6 à 7 disques en n’utilisant que 3 abords,



le  principe  étant  que  les  instruments

soient toujours perpendiculaires aux dis-

ques  concernés,  l’optique  à  30°  étant

déplacé  d’un  port  à  l’autre,  on  obtient

ainsi  une  vision  directe  du  disque  sur

lequel on travaille et un abord direct par

les  instruments  exécutant  la  résection

discale.  En  fin  d’intervention  lorsque

c’est possible, la plèvre est refermée par

agrafage  de  celle-ci  contre  le  rachis  au

moyen  d’agrafes  métalliques.    En  fin

d’intervention sous contrôle de la vue, un

drain  thoracique  de  fort  calibre  est  mis

en  place  dans  l’incision  inférieure  et

celui-ci  est  retiré  sans  clampage  à  48h.

Cette  chirurgie  des  libérations  discales

est la plus fréquente de nos indications.

En  matière    de  chirurgie  du  rachis  de

l’enfant  et  de  l’adolescent,  la  littérature

récente a prouvé la même efficacité de la

chirurgie  réalisée  à  ciel  ouvert  qu’à  ciel

fermé  pour  ce  qui  est  des  libérations

antérieures  thoraciques  que  ce  soit  en

expérimentation  animale  qu’en  pratique

humaine. 

Nous avons à ce jour réalisé plus de 50

cas sans avoir nécessité de conversion à

ciel  ouvert.  Les  indications  plus  rares

concernent la traumatologie dans le cas

de  burst  fractures où  est  réalisée  une

décompression médullaire sous contrôle

de la vue suivie de la mise en place d’un

greffon  qui  en  général  est  un  greffon

prélevé  aux  dépens  du  péroné  homo-

latéral.  Notre  préférence  va  à  ce  type

d’autogreffe  car  le  diamètre  du  péroné

étant exactement celui des voies d’abord,

cela permet de ne pas agrandir celles-ci.

Enfin, il faut citer le cas des cypho-scol-

ioses en particulier en cas de maladie de

Recklinghausen.  Une  particularité  de  la

chirurgie  endoscopique  est  que  dans

notre expérience, contrairement à ce qui

est  habituel,  ces  cypho-scolioses  ne

doivent pas être abordées par voie endo-

scopique  par  l’hémithorax  concave

comme il est habituel dans la chirurgie à

ciel  ouvert  mais  plutôt  par  l’hémithorax

convexe. En effet, compte tenu des voies

d’abord très antérieures, sur la ligne axil-

laire  antérieure,  les  instruments  sont

alors, après ouverture de la plèvre parié-

tale  postérieure,  dans  la  concavité  de  la

scoliose  rendant  ainsi  la  greffe  concave

parfaitement  possible  et  aisée  par

l’hémithorax convexe. 

La  chirurgie  endoscopique  du

petit enfant de moins de 35 Kg.

Ici, les indications idéales sont bien sûr

les scolioses congénitales. Le geste réal-

isé  est  le  plus  souvent  une  épiphys-

iodèse  antérieure  convexe,  parfois  et

surtout  en  situation  thoraco-lombaire,

une résection vertébrale. 

La  particularité  de  la  chirurgie  du  tout

petit  est  la  nécessité  d’une  ventilation

pulmonaire    particulière  puisque  les

sondes  d’intubations  sélectives  de  type

Carlins  n’existent  pas  pour  les  petits

poids.  Nous  avons  opté  de  la  même

manière 

que 


les 

équipes 


Nord

Américaines  pratiquant  cette  chirurgie,

pour 

l’exclusion 



par 

bloqueur


bronchique.  Notre  expérience  portant

actuellement  sur  une  vingtaine  de  cas,

comporte  un  blocage  bronchique  par

sonde  de  Fogarty  sous  contrôle  endo-

scopique  endobronchique  avec  gonfle-

ment  du  ballonnet  à  la  pression  mini-

male  afin  d’obturer  optiquement  la

bronche  source.  Actuellement  de  nou-

velles sondes sont développées qui per-

mettent  d’éviter  les  écueils  théoriques

possibles des sondes de Fogarty en par-

ticulier l’hyperpression source de rupture

bronchique. Il s’agit de sondes à ballon-

net basse pression et oblongue.

L’exclusion pulmonaire obtenue, l’instal-

lation  est  identique  à  celle  du  grand

enfant,  à  savoir  décubitus  latéral  sans

appui-bras du côté à aborder pendant. Là

aussi,  nous  utilisons  une  voie  d’abord

antérieure  située  sur  la  ligne  axillaire

antérieure  composée  de  trois  voies

d’abord  comme  décrites  chez  l’enfant

plus grand. Nous utilisons là également

le  même  type  d’optique,  à  savoir  de

diamètre 10 et à 30°. 

L’épiphysiodèse  convexe  se  fait  après

libération du rachis par mode mécanique

manuel et motorisé (Fig 2). Nous avons

également  réalisé  des  vertébrectomies

avec  libération  médullaire  suivies  de

corrections  de  cyphoses  et  d’arthrodèse

antérieure par greffon péronier dans des

maux de Pott (Fig 3). 

Enfin,  il  faut  citer  ici  également  les

libérations antérieures réalisées dans les

scolioses à très forte angulation, au delà

de  120°  chez  les  patients  dénutris  de

petits poids de moins de 35 kilos.

Notre  expérience  porte  maintenant  sur

18  cas  à  plus  d’un  an  de  recul.  Cette

technique  paraît  efficace  en  matière

d’épiphysiodèse  puisque  les  scolioses

opérées  il  y  a  plus  d’un  an  n’ont  pas

montré d’évolutivité contrairement au pré

opératoire.

Il  faut  mettre  à  part  l’instrumentation

rachidienne  sous  endoscopie  dévelop-

pée  par  les  équipes  Nord  Américaines.

Celles-ci  présentent  comme  principale

originalité  l’existence  d’un  ancillaire  et

d’implants permettant d’être mis en place

par  mini  abord.    La  difficulté  technique

ne  paraît  pas  très  importante,  en

revanche  c’est  l’indication  à  ces  tech-

niques qui paraît plus problématique. En

effet,  ces  instrumentations  s’adressent

aux  scolioses  thoraciques  pures  sans

contre  courbure  lombaire,  ce  qui  dans

notre  expérience  en  réduit  énormément

l’indication.

En  conclusion,

la  chirurgie  endo-

scopique  du  rachis  thoracique  nous

semble être un progrès sur le plan esthé-

tique et sur le plan du confort postopéra-

toire, en particulier sur les douleurs et la

tolérance  respiratoire.  L’abord  du  rachis

thoracique  haut  est  de  plus  grandement

facilité. 

Elle ne présente pas de difficultés partic-

ulières,  à  condition  d’un  entraînement

rigoureux. La conversion à ciel ouvert ne

doit  pas  être  considérée  comme  un

échec.  Les  patients  et  leurs  parents

doivent  être  préparés  à  cette  éventualité

et  l’opérateur  doit  être  parfaitement

aguerri  à  la  chirurgie  thoracique  à  ciel

ouvert  qui  peut  devenir  nécessaire  en

urgence. 

Fig 2 : Discectomie et épiphysiodèse à la pince a disque et à la fraise.

Fig 3 Mal de Pott T12 chez une enfant de 26 mois, décompression et arthrodèse par greffons péroniers.

FIRST EUROPEAN MASTER CLASS 

ON ILIZAROV SURGERY :  

PEDIATRICS


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